Dans ce film sur Sean Connery, on ne voit que des femmes
7 avril 2023
Hier, le a réalisé un court-métrage sur Sean Connery. Il a été publié vers une heure du matin, à peine douze heures après l'annonce sur Twitter du décès d', à l'âge de 90 ans. Elle fut la toute première , face à Sean Connery. Voilà le lien.
Notable absente du film sur Sean Connery : Sean Connery lui-même. Il n'y apparaît jamais. Pas plus que James Bond ou aucune Bond girl, même si Eunice Gayson est mentionnée une fois. Et toutes les associations plus larges qu'on pourrait avoir avec Sean Connery, barbes grises, , , sont également absentes.
Est-ce vraiment un film sur Sean Connery ? La description ne pourrait pas être plus explicite :
This video is about Sean Connery.
Photogrammes de « 2018–06–10.004-sean_connery.mp4 »
Comment est-ce possible ? On nous montre une femme en manteau de fourrure, puis une dame troublante qui rit et exhibe ses dents. L'une, je dirais, ressemble à une star de cinéma, ce qui la place vaguement dans l'orbite de Sean Connery. Suis-je sur la bonne piste ? Ou bien est-ce un commentaire sur le vieillissement ? Ou sur le rôle objectivé de la femme au cinéma ? Une histoire tragique sur la dentisterie britannique, peut-être ?
Difficile à dire, mais cela mérite d'être souligné : il manque aussi un réalisateur à ce court-métrage. Il a été fabriqué par un robot, et celui-ci produit plusieurs films par jour.
. Bien qu'il soit propulsé par les mêmes qui, nous dit-on, vont provoquer l' et peut-être guérir le cancer, ce n'est pas le genre d'application d'intelligence artificielle qu'on voudrait voir conduire sa voiture, donner des conseils en placements ou transcrire des écoutes téléphoniques bâclées en un anglais à peu près correct. Jan Bot n'est pas non plus une bonne source de recommandations cinéma du dimanche soir, malgré son lien avec la respectée institution amstellodamoise du cinéma.
Jan Bot est une autre sorte d'expérience. Le logiciel génère de courts métrages à partir de fragments de films retrouvés, en suivant les sujets qui font tendance sur les réseaux sociaux d'un jour donné. Le co-père de Jan Bot, , le formule ainsi :
En utilisant certains des outils d'IA les plus en vogue pour la traduction des images en mots et des mots en , nous avons programmé Jan Bot pour créer des liens significatifs entre deux choses sans aucun rapport : une vaste collection de fragments de films anciens et non identifiés, et les sujets en tendance d'aujourd'hui.
C'est comme une partie de . Vous devez parler d'un sujet (le mot inscrit sur la carte), mais ce mot et tous les mots qui lui sont évidemment liés sont interdits. De même que le film est explicitement « sur Sean Connery », les fragments source pour ces films sont explicitement déconnectés du sujet d'une manière à laquelle on ne s'attendrait pas (par exemple, que Sean Connery apparaisse dans un film sur Sean Connery).
Au Tabou, ce sont les contournements qui font le plaisir du jeu. Quel est l'effet chez Jan Bot ? Sachant que le film ne sort pas de nulle part, je me surprends à remonter les liens via un exercice d'interprétation qui ressemble un peu à de la rétro-ingénierie.
On me donne plusieurs tags, girl, boy, horror, face, disguise, actress, actor, mais sans la raison de leur sélection. Je suppose qu'ils sont tirés d'articles associés au sujet en tendance, eux aussi listés. Je sais que Jan Bot travaille avec un vivier limité de fragments pour construire le film, donc il n'a pas le luxe d'être un perfectionniste symbolique. Je n'attends pas que les fragments correspondent exactement aux tags, ce qui laisse de la place à l'imagination.
Mais c'est peut-être personnel : pour qu'un film soit intéressant, il faut une certaine forme de développement de personnage. Ici, ce serait Jan Bot lui-même. Comme spectateur, je me surprends à essayer de comprendre sa pensée algorithmique, non son intrigue. Le sujet n'est pas « Sean Connery » tel que je le connais et le reconnais habituellement, mais « Sean Connery » comme nœud dans des réseaux : réseaux sociaux (matière du sujet), réseaux de langue (pour étendre le sujet hors de sa période), et réseaux de reconnaissance d'image (pour choisir les fragments du film).
Ces réseaux ont une apparence, et ces films sont générés chaque jour pour qu'on les regarde. Une belle exploration de la , signée et Pablo Núñez Palma. Bravo, messieurs.